
À 54 ans, l’actrice et chanteuse opère une mutation artistique inattendue. Délaissant temporairement les plateaux de tournage et les studios d’enregistrement, elle s’empare d’un appareil photo pour capturer l’essence d’un lieu chargé d’histoire et d’émotions.
Un virage vers l’objectif photographique
Après s’être illustrée au cinéma, dans la musique et le dessin, Charlotte Gainsbourg franchit un nouveau cap créatif en se tournant vers la photographie. Cette discipline artistique lui permet d’explorer un territoire émotionnel inédit, à mi-chemin entre l’intime et l’universel.
Son choix de matériel témoigne d’une approche exigeante : elle opte pour un appareil Hasselblad, privilégiant la qualité et la profondeur à la spontanéité. Cette décision reflète une démarche plus contemplative que ses précédentes expériences photographiques.
Le 5 bis rue de Verneuil sous un regard filial
L’exposition baptisée « 5 bis » constitue le cœur de ce projet artistique. Elle documente la maison de Serge Gainsbourg avant sa transformation en maison-musée, offrant un témoignage unique d’un espace figé dans le temps.
Les Rencontres d’Arles ont accueilli cette série dans le cadre prestigieux du cloître Saint-Trophime. Ce partenariat réunissait Saint Laurent et la fondation LUMA, avec Matthieu Humery assurant le commissariat de l’événement.
Une esthétique du vestige et de la trace
Les photographies en noir et blanc révèlent une attention particulière aux détails. Meubles recouverts de protection, chaussures soigneusement alignées, empreintes persistantes sur les canapés : autant d’éléments qui racontent une présence absente.
Ces fragments chargés de mémoire ne cherchent pas la reconstitution fidèle. L’artiste privilégie plutôt l’évocation d’une sensation, la capture d’une atmosphère qui transcende le simple inventaire visuel.
Au-delà de l’hommage convenu
Si le projet honore naturellement la mémoire de Serge Gainsbourg, il dépasse largement le cadre d’un simple tribut filial. Charlotte Gainsbourg invente une nouvelle forme de dialogue avec l’absence, sans tomber dans l’écueil de la mise en scène excessive.
Sa méthodologie témoigne d’une approche réfléchie et posée. Le temps de la contemplation remplace l’urgence de la captation, permettant à chaque cliché de devenir un espace de méditation.
Du privé à l’œuvre partagée
Cette démarche transforme un lieu strictement personnel en matière artistique accessible. L’intimité du foyer familial devient une proposition esthétique, tout en préservant son caractère sacré.
L’artiste revisite ainsi sa propre histoire, non pour l’exposer brutalement, mais pour en extraire une dimension universelle. La maison paternelle devient métaphore de toutes les demeures habitées par les souvenirs.
Une diffusion soignée de l’œuvre photographique
Les images ont été rassemblées dans un ouvrage publié par SL Éditions, permettant une consultation intimiste et durable de la série. Ce format éditorial prolonge l’expérience contemplative initiée lors de l’exposition.
L’espace Saint Laurent Rive Droite a également accueilli une présentation du travail, inscrivant le projet dans un dialogue entre mode, photographie et patrimoine culturel.



